« Point de départ » - Robert Kramer - 1993 

 
Aveugle, l'enfant frôle du bout de ses doigts les pièces d'un jeu d'échecs.

Ses gestes font le pont entre deux échiquiers, l'un visible et stratégique, l'autre invisible et plus énigmatique.

 
Son exploration révèle les taches blanches des anciens atlas qui signalaient les rares zones encore inexplorées parmi les empires coloniaux colorés et quadrillés.


Les tâtonnements de l'enfant réhabilitent aussi l'usage du crayon blanc. Souvent oublié, il est pourtant l'instrument idéal, puisque l'on peut tout imaginer en gribouillant secrètement sur sa feuille.
 
Si tant de domaines d'activité sont aujourd'hui remodelés par des protocoles d'efficacité et de rationalisation des tâches... Si toute impulsion novatrice équivaut à soulever des montagnes... Si, pire encore, l'inventivité est vraiment en passe de devenir une faute professionnelle… Il est grand temps de cultiver des terreaux réfractaires à toute définition. Restaurer la subjectivité. Tracer au crayon blanc sur une tache blanche.


Aux alentours, on croise des arpenteurs qui plaident pour l'indécis, convoquent l'indicible et encouragent l'indiscipline.
Qu’il s’agisse d’une collaboration entre un orthophoniste et un rappeur, entre un éducateur et

un vidéaste, entre une infirmière et une chorégraphe : 

Leur relation bouscule les idées rebattues en considérant les émergences avant les compétences.
 
Il n'y a pas de dépositaire d’un savoir, encore moins d’un pouvoir,
mais seulement des curiosités réciproques et potentiellement compatibles.
 
Aucune opération de prestige ou de consensus mou,
mais une approche sensible aux « à-côtés » et opposée à toute logique de prestation.


Aucune promesse, ni garantie de « résultat ».


« Se familiariser » sans convoiter l'efficacité. 
 
Une relation qui se présente comme une durée à éprouver, à investir, et surtout comme

une invitation à interroger la manière dont les pratiques se transforment
lorsqu’elles se frottent les unes aux autres.